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Tipo di quadrante tatoueur toulouse et alentour casquette ssc napoli. Vo' érati u me' fiori, La me' rôsa senza spini; Erati lu me' gagliardu Da li monti a li marini. E' v'avvingu in eu li pedi, E v'allisciu in eu li mhni. Erati lu me' maritu Erati lu me' spiràni. O lu me' Pélru Francéscu, Principiu di li mé nihli!

Vous étiez ma fleur. Ma rose sans épines; Vous étiez mon orgueil Des monts jusqu'à la mer! Je vous enlace avec les pieds, Je vous caresse avec mes mains; Vous étiez mon mari, Vous étiez mon espérance, O mon Pétru-Francéscu, Source de mes douleurs! Lu me' cipressu frundiitu La me' ùva muscatèlla, La me' pasta inzùcchèrhta La me' manna dolci e bélla. O Grisciô, la me' figliôla, Veni qui duv' è babàni ; Dilli tu ch'in Pàràdisu Par te Diu vôglia prigàni, Chi tu àbbi migliô sorti Chi nun ha la tù mammàni.

Erati la me' cùlônna Erati lu me' puntéllu: Erati la me' grandèzza; Erati lu me' fratéllu! La me' perla orientali Lu me' tisôru più béllu 1 — 5 — mon navire en pleine mer, Qui bientôt va débarquer!

Mais la bourrasque est venue Et il ne peut gagner le port; Avec ses beaux trésors Il s'en va donc faire naufrage! O mon cyprès touffu, Mon raisin muscat, Ma p3te sucrée, Manne bonne et douce! Oh 1 pour moi quel coup fatal, Et pour Grisciola, mon étoile! Grisciola, ma HUe, Viens ici où est ton père. Dis-lui que dans le Paradis Il veuille prier Dieu pour toi, Et qu'il te donne un sort meilleur Que celui de ta mère Vous étiez ma colonne.

Vous étiez mon soutien, Vous étiez ma grandeur. Vous étiez mon frère. Mon trésor le plus beau! Lu me' piàttu signùrili, Ma colmu di lu me' dolu! Lu me' ogliu distillàtu, Lu me' spiritu di vinu, Lu me' facci dilîcàtu, Mischiàtu di làtti e vinu! Lu me' vetru rilucenti Lu me' specchiu di cuntinu! Prima chi lu vùstri nùmi Mi vciglia dimeniicàni, Vôgliu chi li me' du' ôcchj Tôrninu dui funtàni: Eo lu me' Pétru F'rancèscu Sempre lu vôgliu chiàmàni.

Fors' allôra lu me' côri Di dolu si cripària, E la me' aima mischina In cun vôi si n'andèrîa, Ed a quîstu mondu e a quillu Cuntenta si ne staria! Mon verre en argent Ciselé tout en or! Mon plat seigneurial, Mais tout rempli de mon Jeuil! Mon huile distillée, Mon esprit de vin, Ma face délicate Pétrie de vin et de lait; Ma glace luisante Où toujours je me mirais!

Avant que voire nom J'oublie, Je veux que mes deux yeux Se changent en deux fontaines.. Mon Péiru-Francèscu, Je veux l'appeler toujours!

Et mon âme infortunée s'envolera Vers la vôtre. Erati la me' grandèzza ; Quillu chi mi stàva a làtu! La me' arma vïùlenti, La me' spàda sopraffina, Oh li me' tristi talenti, La me' ùltima ruina!

Vo' parïati a li me' ôcchj Una vêla a la marina, M'éra attàcchta a li vôti Per francàbi da la mùrti Ma, lu me' Pétru Francéscu, E' nun ci àghiu avùtu sorti Lu me' grandi di curiigghiu, Rispèttu di li me' tùrti 1 La me' midîcîna ràra, Lu me' incensu tùttu adôri! Oh 1 li me' dànni fatàli, Ma fàtti da lu Signori 1 Oh li me' piàghi murtàli, Che mi strhppanu u me' côri! O ma fine parure Toute brodée d'or, Vous étiez ma splendeur.

Et vous restiez à mes côtés! Mon arme violente, Mon épée surfine! O ma triste destinée, O ma dernière ruine! Vous sembliez à mes yeux Comme une voile en pleine mer! Mais, mon cher Pétru-Francèscu, Je n'ai pas eu de bonheur O mon grand de courage Qui redressiez mes torts! O ma médecine rare, Mon encens tout odorant! O ma ruine fatale Mais causée par le Seigneur! Quista è l'ùnica splrànza Chi cunsôla lu me' côri. Afin de faciliter la lecture et la prononciation exactes du texte corse de ces voceri, voici quelques indications qui ne seront peut être pas inutiles pour le lecteur.

Toutes les voyelles se pro- noncent comme en italien. Mon oiseau distingué, Je ne m'abriterai plus Sous votre menton! C'est l'unique espérance Qui console mon âme l voyelle doit se prononcer comme dans les vo- cables français bonté, charité, vérité; il a été mis sur Vo quand un doit dire au: O fidsiô se slésu in tôu.

Ex, Appàrkchiàt' è la tôia. Nun se vista mai indôcu Una cosa cussi trista: Ho persu fratéllu e bàbbu Sôlu in nu mési di màghiu! Gommé su tint' é niédra Quista côsa nun crîdia.

Nulle part on n'a jamais vu Une chose aussi cruelle; J'ai perdu mon frère et mon père Dans le seul mois de mai! Je ne pouvais croire cette chose! La colonne s'est brisée A peine arrivée de Bastia ; Et moi je reste, la pauvre. Pour passer le temps en fête! O parchi éra surlîtu Di lu sô bughiu tafônu ' 1 O babbà babbu lu méu, In Pàràdisu potenti, T'ho da fà una dummanda, Nun mi ricusà nienti, Un sô é' la tô fiddôla? O babbà fammi tu môra!

Sta mattîna, riposendu, Dolci sognu m'è arrivàtu Vidia fratéllu Antônu: Nun ti làgàrèmmu sola, Chi farist' in quistu mondu? Puissant au Paradis ; Je vais te faire une demande, Ne me refuse rien, Ne suis-je pas ta fille? Ce matin, en me reposant. J'ai eu un doux rêve. Je voyais mon frère Antoine Descendre sur terre une couronne en tête. Que ferais-tu en ce monde?

O si ghié fùssi a dumàni, Fors'anché' saria morta! C'est ainsi qu'une jeune enfant s'écrie en pleu- rant sur le corps de son père assassiné: Di lu vostru saiigue, o vabu, Bogliu tinghieini un mandile Lu mi vogliu mette a collu Quaiidu avrachiu oziu di ride! De votre sang, ô mon père! J'ouvrirai la fenêtre, Et I ouvrirai la porte.

Cette pauvre oipheline est seule, désespérée sur la terre; son frère descend du ciel la couronne des élus sur la tête, et lui promet que ses tourments vont finir. O si ghié fussi a dumani Fors' anche saria monta! Un songe pareil se trouve dans un autre Vo- cero, et quoiqu'il ne puisse venir à l'esprit de personne de comparer ces deux lamentations, je pense qu'il ne sera peut-être pas inutile de donner ici un extrait de la complainte: Mi slracciai faccia e capelli E riii scappo lo sudore; Lagrinie non ne comparve Pareil' era chiuso lo core, Era stretto corne un pogno Da la forza del dolore.

Vegliat' 1 0 tutta la nolte Per farmi una compagnia, — 19 — Appeiia comparsa l'alba Noi ci siuiiiu ineiibi in via Giuiigo e veggo Via alzatevi cli'i tempo, E diteci qualche cou! Je me déchirai le visage, je m'arrachai les che- veux cl une sueur froide m'inonda tout eniicre.

J'ai veillé toute la nuit pour trouver une com- pagnie; et à peine l'aube a-t-elle paru nous nous sommes mis en route. J'arrive et je vois Je trouve mon beau-frCre qui dort dehors et se repose Au moins montrez-vous en rêve, ainsi que l'autre nuit se présenta mon mari. Il m'appela et me dit: O fiddô, quand'é cridia, Di purtàtti in chiéscia spùsa ' In îàrra purtà ti vigu Cun mùsica dùlùrôsa, Commu cantani li préti, Dies illa Làcriinôsa!

LK O ma fille h la taille fine, Et au large front! O mon lys des champs! Toi qui as le parfum de la rose. Ornement de ta mère, Accomplie en toutes choses! Comme celle que chantent les prêtres: T'emmu da purtà 'n'Orèzza: Aujourd'hui je te trouve les mains jointes! Je veux t'enfermer dans ma chambre Au moyen d'une serrure française; Les gens ici présents Ne te trahiront pas.

O pompeuse de ta mère, Ornement de notre pays! Madame Buttafùcu Mademoiselle Ciaccaldi, Soulevez-lui la tète, Soulevez-lui les épaules, Et puis, faites-lui savoir Que les chevaux sont prêts. Nous allons te conduire à Orezza: Là est le cimetière Où est enseveli ton père. Qui déjà y repose avant toi ; Nous allons te mettre à côté de lui.

T'avia fatt 'una ghirlanda Tantu bèdda, e tant 'onesta, Quand'! Undi va la mé Chiarina ", O chi neru e tristu lôcu "! Culà mai nun esci sôli, Ne vi s'accendi ma' fôcu ; E pinsendu a te culà Quai sarà qui lu mé sfôcu! Nous allons te mettre là-dessus. Parfum de ta mère!

Je t'avais fait une guirlande, Si belle et si brillante, Que j'avais réservée Pour le jour de tes noces; Et tu veux la porter aujourd'hui, O ma splendeur! Là où tu vas, ma Chiarina, C'est un noir et triste lieu ; Le soleil n'y luit jamais, On n'y allume point de feu ; En pensant que tu es là Quel bonheur pourrai-je trouver?

Queuta, bien faite, faite au tour, et, par extension, accomplie. Cliiéscia, ou ghiésia jiésa, ghiésa, chiésa, église, suivant les différentes localités. Ce mot, à lui seul fait tableau: Il si- gnifie aussi accablé de douleur.

Enfin, au sens propre il se traduit par appuyé: Sarradùra francési ; serruvc solide, fermant à double tour, par opposition aux serrures qu'on fabriquait autrefois à Orezza et que l'on pouvait ouvrir de la main et sans clef. Dicor' poar decoro, ornement, joie, triomphe, orgueil Ainsi les fils de Cornélie étaient lu dicoru, la joie, le triomphe, l'ornement, l'orgueil de leur mère. Il pa- raît que la jeune fille était morte loia de sa fa- mille, chez une tante; c'est pour cela qu'on de- vait la conduire à Orezza, son pays natal, pour y cire inhumée dans le cimetière où déjà reposait son pèle.

Nun veJi le to cumpagne? Per le sa cuti amurose. E tu ti ne boit anJà Dent ru di la cascia chiosa! Chiarina, vezzeggiativo du nom de CJaire. Ce serait une erreur de le penser; les Corses croient à l'immortalité de l'âme et à un lieu de délices où vont, après cette vie, les esprits purs comme l'e'iait sans doute celui de Chiarina. Quant à l'horrible trou noir, triste et froid, il n'est destiné qu'au corps.

C'est-là que la jeune hlle, c'est-à-dire la beauté, la fraîcheur, la jeunesse, devait aller habiter pour jamais. Este dettu lu rusàriu ', E mi sonu ripusàta; Sonu junte le Signera Qui per bède a miô spusàta. O Chili, càra di mamma, La miô vèlla e spimpillàta! O più bianca di la nève! O più scèlta di lu rîsu! Vous avez dit le rosaire Et je me suis reposée: O plus blanche que la neige, O plus choisie que le riz!

Oh culomba di mattina! Nun si desta più stamàne A miù vôna e paladina. So finite tutte ùghie Le vunèzze di Chilina. Ella un mi mandava a legne, A mulinu, ne a funtàna ; Perché a me la miù figliôla Mi tenîva da piuvàna. L'ha levàta da stu mondu Or la morte subitàna. Ce matin il ne se lève pas Mon vaillant paladin: Elles soDC toutes linies aujourd'hui Les bontés de Chilina Elle ne m'envoyait ni au bois, Ni au moulin, ni ù la fontaine, Parce que ma tille Me considérait comme un Piévan.

Elle a été enlevée de ce monde. Aujourd'hui, par une mort subite. Car je lui envoie une compagne! Tu nun anderài più a messa, A rusàriu, ne a duttrîna. O Chili, càra di mamma, A miô vella e paladina. Oh quantu chi mi dispiace Chi mi lechi dummatina! Una donna entrando nella sala ov'è la defiinta. Chi le pùbbliche su fàtte E pront è la cavalcàta '.

Un ti movi, un dici nunda, Ed a nimmu più nun bèdi? T'hànu lihtu ie mani: Le soleil n'y parait jamais Et l'on n'y allume point de feu! O Chili, chérie de ta mère, Je ne te verrai jamais nulle part Tu n'iras plus à la messe. Tu ne bouges pas, tu ne dis rien, Tu ne vois plus personne? On t'a lié les mains, i — 36 - T'hànu liàtu li pédi: Disciùglimmuli, o surélle; Ch'ella merchia bulintéri!

Zitta, zitla, o Maddalè Ch'éo li vogliu fa una chiàmma ; Ella rispùnderà a me, Forse più ch'a la sô màmma: Chi pienghiendu a lu so càpu Cusî dulente si làgna. Le premier vers de ce Vocero nous montre que les lamentations funèbres commençaient quelquefois après la récitation du rosaire. Un mort couché sur son lit funèbre et entouré de pleureuses, forme la bara.

C'est à peu près la niême signification quecata- letto et catraletta. Incontrar la bara, rencontrer un mort que l'on transporte sur la civière. Cela dit aussi en parlant des revenants. Tais-toi, tais-toi, Madeleine, Je veux lui faire une demande; Peut-être me répondra-t-elle De préférence à sa mère Qui pleure à son chevet Et qui se plaint avec tant de douleur!

Le troisième et le quatrième vers de celte Strophe n'ont pas été littéralement rendus. La femme qui file tient la quenouille; de la main gauche elle tire la filasse en l'humectant avec de la salive et de la droite elle tord le fil en faisant tourner le fuseau.

Chiliiia est donc vantée par sa mère à cause de son agilité à tirer la curaia et à faire ïincrocca. Ces deux fu- nèbres complaintes sont dignes de se compléter réciproquement. On n'y trouve pas d'eau; jamais l'herbe n'y croît. Si tu as faim, tu n'y manges pas, si tu as soif, tu n'y peux boire; et quand tu veux som- meiller, tu n'y dots pas ton soûl.

Reste dans ta maison, reste avec tes parents, ma fille. Je me suis mariée hier; hier dans. Les parenis et ks amis des mariés moulent à cheval: Celui qui l'a gagné marche à ses côtés, lier et orgueilleux, plus satisfait de lui-même que ne doit l'être un gé- néral qui vient de remporter une grande victoire.

Du temps des vieilles grand'mères, c'étaient des fuseaux qu'on attachait au freno, aujourd'hui les fuseaux ont disparu Alors aussi, par un sentiment de convenance, on laissait à un pa- rent de l'époux l'honneur de gagner le vanto.

Dans un autre Vocero, au moins aussi poétique que celui de la mère de Chilina, nous trouvons admirablement développée cette idée de noces et de mariage qui vient, comme une insulte à la dou- leur, se présenter à l'esprit au moment où la han- cée, déjà froide, est étendue dans son cercueil.

Nous ne pouvons résister au plaisir de donner ici cette touchante lamentation. Nos lecteurs ne la trouvciont pas sans doute trop longue. Per solennizzar le nozze AIl'usu dei Parigini. Or sigliate li cavalli, O signori, ecavalcate — Ma io non ci vedo in piazza Clic tre tavole inchiodate, Tutte arricintc di neru Insolitu aile spusate.

Signori, quest' è la strada Che va in San Michèle piaiia Dove andar dcve la sposa. Dicenu che la dispensa Ch'ella sia ghiunta da Roma: Ma lu sciô Don Vincenzo E in salottu che si tomba. Che se ne parte per sempre Stamane la sua colomba! Or volitene colla O signoruccia, a la messa? Oh quantu chi ponnu piange Chelli che vanno aile porte!

Le mani délia Cariti. Oggi son légale a morte. V'ersapeia non è morta, Che l'abbiamu qui viciuu, Ch'è nella sua stanza appianu Che scrive sul tavohnu. E s'ella non legge e scrive Sonera di violiau! Versapeia non è inorta, lu m'ingannu e facciu errore, Cbe è nella sua stanza appianu Co la mainma chi discorrr, Cta'ella li voli spiegi Ciocchè sente nel suo core!

Aujourd'hui sont arrivés les Serrinchi et tous vos cousins de Zuani; ils veulent célébrer vos noces à l'instar des Parisiens. Allons, sellez les chevaux, messieurs, et chevauchez Mais sur la place je ne vois que trois planches clouées, elles sont entourées de noir et peu communes aux épousées. Messieurs, voilà le chemin qui conduit à Saint- Michel de la plaine où.

Ma belle demoiselle, voulez-vous venir à la messe? Déjà le courrier est parti; il porte une soucoupe toute pleine des clefs de la maison. Signora Versapeia recevez-le courtoisement, remeri-iez le courrier qui en vos mains les a re- mises, car, voyez-vous, ce sont des choses que l'on ne fait pas tous les mois Oh!

Non, Versapeia n'est pas morte, nous l'avons i côté de nous, elle est dans sa plus belle chambre. Et si elle ne lit ni écrit, bientôt elle jouera du violon. Versapeia n'est pas morte, je me trompe et fais erreur; elle est dans sa belle chambre cau- sant avec sa mère. Maintenant elle est descendue sur la place, véiue de percale; elle porte un voile noir Sur la place sont les chevaux et l'escorte est toute préie , ma belle, on veut vous portera Ilastia.

Questa màne se' dicisa Di far l'ùllima partanza! O Marie, chérie de ta mère! Tu étais mon soutien, Tu étais de ton père Le parfum et l'espérance; Ce matin tu t'es décidée A faire le dernier voyage! O Morte cusl crudéle Di spéranza m'hai privàtu: T'hai pigliàtu lu mio fiôre, Lu miô pegnu tantu amàtu Questa màne lu miô côre Mi l'hai cusi addispéràtu!

E quai' è chi reggerà O figliôla, a tanta pèna? Chi mi manca lu respîru, Toglier mi sentu l'alèna Or non vèdi tutte quante Le to cumpàgne fidàte, Chi su qui d'intornu a te Cusi meste e dispe'ràte? Via rispondili una volta, E rendile cunsulàte. Amandula inzuccheràta, Oghie amàra cùme fêle! Tu m'as enlevé tout espoir! Tu m'as ravi ma fleur, Mon joyau tant aimé! Allons, lève-toi, réponds-leur Pour les consoler!

O bonne comme le pain, O douce comme le miel! Ne voyez-vous pas ce matin Comme elle est devenue cruelle? Elle a dans ses yeux l'amertume du fiel! Méttiti lu tô vestitu, Gara di mamma o Maria; Vedi chi su tùtte qui, Ti volenu in cumpagnia, Chi tu vàdi a senta mèssa Nella chiésa a Sant' Elia Una cumpagna di la morta rispondi Bulèmu falà alla messa, Or che l'altàre è paràtu Di cirôni di candélé ', E di neru circundàtu.

Perché u vabu la sô dota Questa màne l'a stimàtu. Questa màne alla parocchia Ci ha da esse un bellu véde: C'è la dota di Maria Di cirùni e di candèle Un' altra cumpagna. O signera, u vostru maie Ko cunôscelu vurria: Une compagne de Ij morte répond j: Nous voulons aller à la messe: Déjà l'autel est paré De grands cierges et de bougies.

Et tendu de noir! Car son père, ce malin, Vient d'évaluer sa dot. Ce matin, dans l'église paroissiale On verra un beau spectacle ; La dot de Marie Convertie en grands et petits cierges. Une autre amie parlant à la morte. Ma chère, votre mal Je voudrais le connaître. Est-ce la fièvre Ou la phtisie? Duve mai l'ete pigliàta Voi la Morte, o mia signera?

Sempre stàvate in carréga, O usciate a spàssu fùra ; Ed a vùi la vôstra mamma Nun vi facia mette tôla, Ripiglia la mamma. O Mari, cara di mamma, Chi mi crêpa lu miù côrel Le tô dôdeci strapunte - 5i — Serait-ce un mal Qu'on ne connaissait pas autrefois? Où donc avez-vous rencontré La Mort, ô mon amie? Car vous restiez sur une chaise Et ne sortiez qu'à la promenade.

Votre mère Ne vous faisait même pas mettre la table t La mère reprend. Ce matin, à Saint Elie Je présenterai une belle fleur; Je lui offrirai un beau bouquet Tout chargé d'ornements. Je pense qu'un semblable cadeau Le rendra content.

Nun ci resta più nisùnu Ne fratéili, né surélle! Duve si ne sôno andàte Le tô guance culurite, Ch'èranu culor di rôsa Ed or sonu impallidite? Morte, fàmmiti venire, E fa ch'ella sia finita: Ch'eo ti prègu per pietà Chi tu mi tolga la vita, Chi stamàne io mi ne vàda Cu la miô figliôla unita. Lu pae'se di la Pe'tra Stamàne è in cunfusiône: Piènghiènu dirottamente Tutte quante le persùne ; E tu càra di la màmma Ne si tùtta la caoione.

Car il ne reste plus personne.. Que sont devenues Tes joues colorées Qui avaient l'éclat de la rose, Maintenant toutes pâlies? O Mort, appelle-moi, Fais cesser mes tourments; Par pitié, je t'en supplie, Ote-moi la vie. Afin que ce matin je m'en aille Unie à ma fille! Le village de la Pietra Ce matin est tout en deuil ; Chacun pleure A chaudes larmes; Chérie de ta mère, C'est toi qui en es la cause! Per te s6 cusi amurose, Chi ti làvanu lu visu Di làgrime dulurùse ; E tu le v61i lascià Cusi meste ed affannùse!

Chi è 'ndàta a cùglie li fiôri ; E chi a piglià la rusa: Ti tessono la ghirlanda Per curunatti da spôsa: E tu te ni bôli andà Dentru di la cascia chiôsa! Quandu tu sortie di casa Tu spargèvi moltu odôre Cu li tô vùni costùmi, Chi lampàvanu splendùre. La Morte ti s'ha pigliàtu In lu tô più bellu fiôre.

Quantu ci sera suspiri, Oh quantu ci sera pienti, Quand' èlli la senterànu Tutti li nostri parenti! Elles t'aiment tant Qu'elles lavent ta figure De leurs larmes douloureuses; Dis-moi, veux-tu les laisser Dans la tristesse et les angoisses? La Mort t'a'prise Dans ton plus beau printemps! Que de soupirs il y aura, Et combien on répandra de larmes Quand la triste nouvelle Arrivera à tous nos parents! Sarà ricevùta in Célu Stamàne cun tant' onùre. Or eo vurria falà Cun tutte a lu campu santu: Ma nun ci possu arriva Ghi nun pôssu règhie a tantu: Sôlu ti vùgliu manda Dair occhj un fiùme di piantu ou -5; - Mais ne la pleurons plus, Cessions de nous abandonner à Ip douleur, Car Mariuccia Est maintenant l'épouse du Seigneur; Elle sera reçue dans le ciel Ce matin, avec beaucoup d'honneurs.

Je voudrais descendre Avec tout le monde au cimetière ; Mais je ne puis y arriver Car la force me manque. Seulement, je veux l'accompagner Ma fille avec un torrent de larmes! Quand une jeune fiile vient à mourir on l'habille tout de blanc, en mariée, une couronne de fleurs sur la tête et un bouquet dans les mains.

Comme en général la bouche reste ouverte on la ferme avec un ruban qui passe sous le menton et vient se nouer derrière la tête. La pauvre mère rappelle toutes les bontés el toute la douceur de sa fille; puis, tout à coup: Astorre Pellegrini donne la traduction italienne d'un myriologue des Grecs de Cargèse Corse dans lequel une autre mère se plaint à peu près de la même façon. Cette lamentation est si douce, si triste, si poétique, que nous ne pouvons nous empêcher d'en citer au moins une partie: Una tortorella educai tra le carezze allevata, E dopo che l'ebbi educata l'avea resa domestica.

Nella gabbia la chiusi, la tenni serrata a chiave, E si rovesciô la gabbia e fuggi la tortorella! Mi avele biuciato le labbra cou uove bicchieri di velcito. Le signe de la consiJéraiion que l'on a pour une personne qui vient de mourir, consiste dans les funérailles qu'on lui fait, c'est-à-dire dans le nombre de prêtres que l'on invite à renicrrement. Ainsi, afin de faire honneur à sa tille, la seule qui lui restât de tous ses enfants, le père de Maria faisait brû- ler autour de son corps la valeur de sa dot.

Sur le continent on brûle un cierge ; en Corse on ofl're au saint ou à la sainte, dont on veut se concilier la protection, un bouquet de fleurs; plus l'ofiVande est riche, plus le saint est censé content. Quelle otYrande plus précieuse pouvait- elle faire à saint Elie, la pauvre mère, que de lui offrir sa filie unique? Mais si elle l'oflrait, c'était afin que le saint la prît sous son égide et l'in- troduisit dans le Paradis.

C'est à la Mort que l'on s'en prend en cas de malheur; c'est sur Elle que pleuvent toutes les imprécations — sans qu'elle s'en porte plus mal. Jamais on n'en a vu: Ma porte est fermée, Mon feu est éteint, Malheureuse! Ma cabane est sapée! Les larmes ne tuent pas.

Les sanglots ne font pas mourir! Eri tu la mé spiranza O lu mé corci' urfanéddu ; Ed ancu tu mi ti làssi! E mori cussi zitéddu! Ugni ïornu tu criscii, Ed eïu mi raligràva, Aval, àghiu d'andà sôla Appress' a li mé agnédda, Dispiràta pa li lôca, La mé furtùna niédda! O quantu mi n'ha p6 fàttu La làtra di Pidanédda! Tu étais mon espoir O mon pauvre orphelin, Ht maintenant tu m'abandonnes! Kt lu meurs si jeune! Quand ton père mourut. Avec toi dans les bras je m'en allais Pleurant par les maquis; Mais je te regardais sans cesse, Tu grandissais tous les jours.

Et alors je me réjouissais. Maintenant, seule, Je suivrai mes brebis. Désespérée, par les campagnes, O ma triste destinée! Ohimmé, la mé svintùra!

O fiddô, t'àghiu da piegna Finchi la mé vita dura!.. Nun àghiu ma cunnisciùtu Altru che turmentu é dolu ; Primma persi lu t6 bàbbu Aval tu, lu mé fiddôlu Ti vurrïa fa ônôri, Ma nun c'é manc' un linzôlu! Dundé te nun c'é vinùtu Médicu ne spiziàli, Chi sô trôppu puarédda E nun c'éra da pagàli: O lu mé tint' urfanéddu, Tu nascisti sfurtunàtu; Ma quandu da stu ziddùnu " Tu ti ni saré andàtu, Ci vôddu mètta lu fôcu E nun lassàci saràtu M - 67 - Hclas!

O mon rtls, je vais te pleurer Tous les jours de ma vie! Je n'ai jamais connu Que tourments et deuil: D'abord j'ai perdu ton père, Maintenant c'est toi, mon enfant.. Je voudrais te faire honneur, Mais je n'ai même pas un linceul! Il n'est venu chez toi Ni médecin ni apothicaire, Car je suis trop pauvre Et ne pouvais les payer.

Tu es mort par défaut de soins. Et c'est cela qui accroît mes peines! O mon pauvre orphelin, Tu naquis malheureux! Mais lorsque de ce foyer Tu seras parti Je veux y mettre le feu Et n'y rien laisser! Ma fors' é la mé furtùna, Li briôna nimmu senti ; T'àghiu da suttarrà sôla, Ohimmé li mé turmenti! Prîmma prési lu mé ùmmu, Ed aval quiss' urfanéddu, Senz' avé fàttu piccàtu Ch'ér 'ancu trôppu zitéddu!

Culà sott' air arbitrônu, Aghiu da fà la tô fôssa, Rasfichendu a forsa d'ùgna Da par mé — bàsta ch 'é pôssa! Parchi stian' a lu friscu, O Dumé, li tô tint' ùssa 1 J'ai fait retentir la valle'e En criant: A mon aide, bonnes gens!

Mais, c'est peut-être ma destinée. Personne n'a entendu mes cris; C'est donc seule que je vais t'entcrrer! D'abord il a pris mon mari, Et maintenant cet orphelin. Sans qu'il ait commis un péché, Car il était trop jeune. Or, maintenant appelez-moi mon Dieu , Appelez Pidiola et Lionu, Faites qu'il ne reste plus rien Dans ces murs délabrés. Et que l'on oublie à jamais Le nom de cette cabane infortunée!

Là, sous le vieil arbousier. Je veux creuser ta fosse En grattant la terre de mes ongles. Toute seule, pourvu que j'en aie la force!

Afin que tes malheureux ossements Soient à l'ombre, ô mon cher Dominique! Vodd' andà sempri bilendu Comme pécura smarrha, Sempri chiammend' 6 Dumè! Noms de deux chiens, les seuls amis de la bergère. Supra ou sopra la iôla, sur le lit funèbre, ou, simplement, étendu mort. Larmiendu, versant des larmes sans élever la voix. Et pleurant et la nuit et le jour Comme la femme repentie! Corda ou cunia ou encore tinta, U pauvre!

Ces noms ont un masculin et un pluriel. Dans le cas qui nous occupe, Cette expression signitîc faute de moyens pour le faire soigner; mais, dans U plupart des circons- tances, manca cura est l'équivalent de négligence. Avant on appelait ainsi la re- devance de deux, trois ou quatre de'calitrcs de blé que chaque famille payait au prêtre du vil- lage, en dehors des dîmes et des prémices.

Moyennant cette charge, le curé devait donner, en retour, des croix en feuilles de palmier le jour des Rameaux, crocettej un cierge convena- ble à la Chandeleur et faire la levée du corps en cas de mort. Le saratu était considéré comme chose sacrée, et le chef de famille qui n'aurait eu que deux boisseaux de blé se serait cru tenu de les donner à son curé dussent ses enfants mourir de faim.

Aussi, après la moisson, la première mesure que l'on prélevait sur la ré- colte était le saratu; les prémices, la dîme et toute la suite des langar'ii ne venaient qu'après. Et si je ne reviens pas, bonne nuit. Il referme le judas. On le tient pour un homme charitable. Père Guardiano et Fra Melitone entrent.

E questi santi soli han da saperli! Noi siamo tanti cavoli Et il n'y a que ces saints qui doivent les connaître! Nous sommes trop sots, nous autres Il rentre dans le couvent. LEONORA Infelice, delusa, rejetta, dalla terra e dal ciel maledetta, che nel pianto prostratavi al piede, di sottrarla all'inferno vi chiede.

Leonora s'inginocchia ai piedi della croce, la bacia, poi ritorna, un po' confortata, dal Padre Guardiano. Approchez-vous, confiante, de la croix, et là, la voix du ciel vous inspirera. Leonora s'agenouille au pied de la croit l'embrasse, puis s'adresse au Père Guardiano. Je ne me sens plus persécutée più non provo farmi guerra L'ombre immobile de mon père ne se dresse plus, toute sanglante, et je n'entend, plus sa voix terrible maudire sa fille. Vous, qui êtes si jeune, vous vous en repentiriez d'autant plus amèrement.

Chi immutabil farvi il core? È questo il porto. Chi tal conforto mi toglierà? Qui peut lire dans l'avenir? Non, Si vous chassez celle qui se repent je m'en irai, appelant les rochers à mon aide, demandant asile aux montagnes et pitance aux forêts, et les bêtes sauvages elles-mêmes auront pitié.

Ah oui, j'ai entendu ici la voix du ciel: Voici mon refuge ; qui pourrait m'arracher ce réconfort? Il Tuo voler si compirà! È fermo il voto? Tra le rupi è uno speco; ivi starete. Sull'alba il piede all'eremo solinga volgerete; ma pria dal pane angelico conforto all'alma avrete. Vous êtes bien décidée? Parmi les rochers, il y a une grotte ; c'est là que vous vivrez. Près d'une fontaine, je déposerai moi-même chaque semaine, votre maigre pitance. Dès l'aube, vous vous dirigerez seule, vers l'ermitage: Le sante lane a cingere ite, e sia forte il cor, ah!

Entra nel convento, e ne ritorna subito portando un abito da Francescano che presenta a Leonora. Grazie o Signor, grazie o Signor. La gran porta della chiesa si apre.

Di fronte vedesi l'altar maggiore illuminato. Dai lati del coro procedono due lunghe file di Frati con ceri ardenti. Più tardi il Padre Guardiano precede Leonora in abito da frate; egli la conduce fuor della chiesa; i frati gli si schierano intorno. Leonora si prostra innanzi a lui, che stendendo solennemente le mani sopra il suo capo intuona: Le Seigneur vous aidera à vous maintenir dans cette nouvelle voie. Il entre dans le couvent et revient en portant un habit de moine qu'il donne à Leonora.

Oh, joie inégalable, me voici à nouveau bénite! Je sens désormais renaître en moi une nouvelle vie de l'âme Ils entrent dans le couvent.

La porte principale de l'église s'ouvre. Au fond, on aperçoit le maître-autel tout illuminé. Puis Père Guardiano, précédant Leonora en robe de moine. Leonora se prosterne devant lui et il étend solennellement la main au-dessus de sa tête, en chantant: V'è noto il loco? Nous lui ouvrons la sainte grotte Il cielo, il cielo fulmini, incenerisca, l'empio mortale se tanto ardisca; su lui scatenisi ogni elemento, l'immonda cenere ne sperda il vento.

Alcun vivente più non vedrete. Dello speco il bronzo ne avverta se periglio vi sovrasti, o, per voi giunto sia l'estremo giorno A confortarvi l'alma volerem, pria che a Dio faccia ritorno. Leonora bacia la mano al Padre Guardiano, e si dirige sola verso lo speco dell'eremita. I frati, spente le candele, si ritirano in chiesa.

Il Padre Guardiano si ferma alla porta e, aprendo le braccia nella direzione dove Leonora è appena scomparsa, la benedice. Que la foudre du ciel réduise en cendres l'odieux mortel qui aura cette audace ; que sur lui se déchaînent tous les éléments Vous ne verrez plus jamais aucun être vivant.

La cloche de la grotte nous avertira si un péril vous menace, ou si votre dernière heure est arrivée Nous viendrons aussitôt réconforter votre âme, avant qu'elle ne retourne à Dieu.

Leonora embrasse la main du Père Guardiano, et se met en route, seule, vers l'ermitage. Les moines éteignent les cierges et rentrent dans l'église en même ordre.

Le Père Supérieur s'arrête à la porte et étendant les bras après Leonora, la bénit. Don Alvaro in uniforme di capitano spagnuolo dei Granatieri del Re si avanza lentamente dal fondo. Si sentono voci interne a destra. CORO Attenti al gioco, attenti, attenti al gioco, attenti Oh, notte ch'ogni ben mi rapisti!

Il fait nuit noire. Don Alvaro en uniforme de capitaine des grenadiers du roi d'Espagne, s'avance lentement par le fond.

On entend des voix en coulisse. J'appelle en vain la mort! Oh, nuit qui m'a tout ravi. Je serai éternellement malheureux, c'est écrit. In un carcere nacqui; m'educava il deserto; sol vivo perché ignota è mia regale stirpe! Oh, quando fine avran le mie sventure! O tu che in seno agli angeli eternamente pura, salisti bella incolume dalla mortal jattura, non iscordar di volger lo sguardo a me tapino, che senza nome ed esule, in odio del destino, chiedo anelando, ahi, misero, la morte d'incontrar.

Leonora mia, soccorrimi, pietà del mio penar! Je naquis dans un cachot ; ce fut le désert qui m'éleva ; et je ne vis que parce que l'on ignore ma royale origine. Mes parents avaient rêvé d'un trône et ce fut la hache qui les réveilla! Hélas, quand donc mes malheurs prendront-ils fin? O, toi qui vers le sein des anges, éternellement pure, t'es envolée, belle, à jamais délivrée des malheurs terrestres, n'oublie pas de tourner ton regard vers moi qui, misérable, sans nom et sans patrie, haï par le destin, ne cherche et n'aspire, malheureux que je suis, qu'à rencontrer la mort.

Ma Leonora, viens-moi en aide, aie pitié de ma souffrance. Accorre al luogo onde si udivano le grida; si sente un picchiare di spade; alcuni ufficiali attraversano la scena fuggendo in disordine da destra a sinistra.

Don Alvaro ritorna con Don Carlo. Il court vers l'endroit où l'on entend crier: Alvaro revient avec Carlo. Con ordini del general sol ieri giunsi; senza voi morto sarei. Or dite a chi debbo la vita? Je ne suis arrivé que d'hier, apportant les ordres du général ; sans vous je serais mort. Dites-moi donc à qui je dois la vie? Si stringono le destre. Uniti in vita e in morte entrambi troverà. Si odono voci interne e squilli di trombe. Et l'on nous trouvera unis dans la vie comme dans la mort.

On entend des cris et le son d'une trompette. Scena seconda Una casa presso Velletri È il mattino. Salotto nell'abitazione d'un ufficiale superiore dell'esercito spagnolo in Italia. Si sente il rumore della vicina battaglia. Un chirurgo militare ed alcuni soldati entrano dalla porta comune e corrono alla finestra. L'aiutante li raccozza, alla carica li guida!

Già fuggon i nemici. I nostri han vinto! Deuxième scène Une maison près de Velletri C'est le matin. Petite salle dans la demeure d'un officier supérieur de l'armée espagnole.

On entend la rumeur de la bataille, tout près. Un chirurgien militaire et plusieurs ordonnances entrent pour aller regarder par la fenêtre. Il les mène à l'assaut! Les nôtres ont vaincu! Don Alvaro ferito e svenuto è portato in una lettiga da quattro Granatieri. Da un lato è il chirurgo, dall'altro Don Carlo coperto di polvere ed assai afflitto.

Un soldato depone una valigia sopra un tavolino. Premio l'Ordine vi sarà di Calatrava. Quatre grenadiers amènent sur une civière Alvaro blessé et évanoui. Don Carlo, couvert de poudre et fort affligé, se tient d'un côté. Un soldat dépose une valise sur une petite table. Vous recevrez en récompense l'Ordre de Calatrava. Il chirurgo si ritira. Don Alvaro accenna a Don Carlo di appressarsegli. Le nom de Calatrava le fait frémir! Le chirurgien se retire Alvaro fait signe à Carlo de s'approcher.

Colà v'ha un mistero, che meco morrà. Il chirurgo e le ordinanze trasportano il ferito nella stanza da letto. A lui palese n'è forse il disonor? S'ei fosse il seduttore? Desso in mia mano, e vive! Questa chiave il dica. Apre convulso la valigia, e ne trae un plico suggellato. E la fé che giurai? Je le confie à votre honneur.

Il renferme un mystère qui mourra avec moi. Si je meurs, brûlez-le Le chirurgien et les ordonnances emportent le blessé dans la chambre à coucher. Lui, si intrépide, si valeureux, il mourra donc! Le nom de Calatrava l'a fait trembler!

Peut-être lui a-t-on révélé notre déshonneur? Si c'était le séducteur? Il est entre mes mains Si je me trompais! Que cette clef me le dise! Il ouvre fébrilement la valise et en sort un pli cacheté. Et la parole donnée E questa vita che debbo al suo valor? Niun qui mi vede. Getta il plico, e se ne allontana con raccapriccio. Un giuro è sacro per l'uom d'onore; que' fogli serbino il lor mistero E s'altra prova rinvenir potessi?

Torna a frugare nella valigia. Qui v'ha un ritratto Don Alvaro è il ferito! Ora egli viva, e di mia man poi muoia! Il chirurgo appare alla porta. Oh gioia immensa che m'innondi il cor, ti sento! Et ma vie que je dois à son courage? Mais, moi aussi, je l'ai sauvé! S'il était cet Indien maudit qui a souillé mon sang? Personne ne me voit ici Si, moi, je me vois. Il jette le pli. Toi qui renfermes mon destin, va, éloigne-toi, tu me tentes en vain ; je viens ici pour laver mon honneur, et je ne vais pas, insensé, le souiller par une nouvelle honte.

A l'homme d'honneur, sa parole est sacrée ; que ces feuillets gardent leur mystère Que s'évanouisse la mauvaise pensée qui me poussait à commettre cette action indigne. Et si je pouvais trouver une autre preuve? Il retourne fouiller dans la valise. Il n'est pas cacheté Le blessé est Don Alvaro! Le chirurgien paraît à la porte. Parte in gran fretta. Je vais enfin pouvoir me venger sur cet infâme de sa trahison. Leonora, où te caches-tu? Dis, as-tu suivi au milieu des armées celui qui fit rougir ton visage du sang de ton propre père?

Ah, je serai au comble de la félicité si mon épée pouvait du même coup vous vouer tous les deux à l'enfer! Scena terza Accampamento militare presso Velletri Sul davanti a sinistra è una bottega da rigattiere; a destra altra, ove si vendon cibi, bevande, frutta.

All'ingiro tende militari, baracche di rivenduglioli, ecc. È notte, la scena è deserta. Una pattuglia entra cautamente in scena, esplorando il campo. CORO Compagni, sostiamo, il campo esploriamo; non s'ode rumor.

Non brilla un chiarore; in sonno profondo sepolto ognun sta. Compagni inoltriamo, il campo esploriamo, fra poco la sveglia suonare s'udrà.. Troisième scène Un campement militaire près de Velletri Au premier plan, à gauche, une boutique de fripier; à droite, une autre boutique ou l'on vend des vivres, des buissons, des fruits.

Tout autour, des tentes militaires, des baraques de revendeurs, etc. Il fait nuit et la scène est vide. Une patrouille entre avec précaution, explorant le camp. Avançons, compagnons, explorons le camp ; on entendra bientôt sonner le réveil. Si fa lentamente giorno. Entra Don Alvaro assorto nei suoi pensieri. Pace ed oblio indarno io chieggo al cielo. Il commence à faire jour. Don Alvaro entre, distrait. Mon âme est brisée par sa cruelle lutte.

Je demande en vain au ciel la paix et l'oubli. Vous, qui m'avez prodigué des soins si attentifs? Messaggio non v'inviava Don Alvaro, l'Indiano? Il segreto fu dunque violato?

Don Carlo di Vargas, tremate, io sono. Vous n'avez donc pas eu de nouvelles de Don Alvaro l'indien! Vous avez donc violé mon secret? L'un de nous doit mourir à l'instant.

Ne guardano entrambi e dal paradiso ch'io sono innocente vi dicono al core. La suora ospitavala antica parente: Ella vive, gran Dio! Hélas, je découvris que Leonora était morte. Elle vit, grand Dieu! Ella vive, ma in breve morirà. Grand Dieu, cet ange Elle vit, mais elle mourra bientôt. Je vous jure que par ma noble origine, je suis votre égal, et que mon blason resplendit comme le jour étincelant.

Entre nous s'ouvre une tombe ensanglantée ; comment pourrai-je appeler mon frère celui qui m'a tout ravi? Que vous soyez de sang noble ou vil, il faut que je vous tue, et après vous, l'indigne qui a trahi sa race. Sguainano le spade e si battono furiosamente.

Accorre la pattuglia del campo per separarli. La sua vita o la mia - tosto. CORO Lunge di qua si tragga. Si je ne tombe pas inanimé, je rejoindrai Leonora. La patrouille arrive en toute hâte du camp et les sépare. C'est sa vie ou la mienne Pietoso Iddio, tu ispira, illumina il mio pensier. Al chiostro, all'eremo, ai santi altari l'oblio, la pace chiegga il guerrier. Ad uno ad uno escono tutti. Spunta il sole - il rullo dei tamburi e lo squillo delle trombe danno il segnale della sveglia.

La scena va animandosi poco a poco. Soldati spagnoli ed italiani di tutte le armi sortono dalle tende ripulendo schioppi, spade, uniformi, ecc. Vivandiere che vendono liquori, frutta, pane, ecc. Preziosilla dall'alto d'una baracca predica la buona ventura.

CORO Lorché pifferi e tamburi par che assordino la terra, siam felici, ch'è la guerra gioia e vita al militar. Dieu miséricordieux, inspire-moi, illumine mon esprit.

C'est au cloître, à l'ermitage, aux saints autels que le guerrier demande l'oubli et la paix.